La lumière dans l'eau trouble se comporte comme une personne dans un épais brouillard : chaque pas est une collision, et l'image se brouille. C'est pourquoi un microscope ordinaire ne voit pas à travers la peau ou le lait. Les ingénieurs ont trouvé une solution de contournement : regarder dans l'infrarouge, où la lumière entre moins en collision avec les particules.
Ils ont assemblé un microscope sans lentilles — un appareil où l'image n'est pas formée par une lentille en verre mais par un algorithme informatique. Une caméra équipée d'un capteur standard de smartphone capture la lumière qui a traversé l'échantillon, et le programme reconstruit l'image. Au lieu de la lumière visible, ils ont utilisé le proche infrarouge avec une longueur d'onde allant jusqu'à 1100 nanomètres — c'est comme passer d'une lampe de poche à lumière blanche à une lumière invisible à l'œil mais plus « pénétrante ».
Les tests sur des tissus de souris ont montré : dans le cerveau, des structures sont visibles jusqu'à une profondeur de 250 micromètres ; dans le foie, jusqu'à 60. Le capteur de la caméra ne capte que 0,19 % des photons à une longueur d'onde de 1100 nm — la lumière est à peine enregistrée, mais l'algorithme parvient quand même à reconstruire une image nette.
Ces travaux ouvrent la voie à des appareils bon marché et compacts pour le diagnostic médical, sans incisions ni colorants. La lumière, autrefois jugée inutile pour de telles tâches, aide désormais à voir à l'intérieur du corps vivant.
À une longueur d'onde de 1100 nm, le capteur de la caméra ne capte qu'un photon sur cinq cents — mais le traitement informatique donne quand même une image nette.
L'idée de « voir à travers le trouble » évoque les appareils de science-fiction qui scannent le corps sans incisions — sauf qu'ici, c'est une technologie réelle basée sur une caméra ordinaire.