Deux gouttes de liquide suspendues côte à côte se mettent à chanter à l'unisson. Une goutte est comme une corde accordée sur une certaine note, et ensemble elles forment un laser qui émet une seule couleur pure. C'est ainsi que fonctionne un nouveau type de capteur : la molécule photonique liquide.
Le secret réside dans le fait que les gouttes sont choisies de tailles légèrement différentes. Leurs ondes lumineuses se superposent comme les dents de deux peignes aux pas différents : seules certaines dents coïncident, et il ne reste qu'un faisceau lumineux intense. Cela permet au laser de fonctionner avec une pompe très faible, seulement 610 nanojoules par millimètre carré, comme si l'on allumait une allumette avec la chaleur de la paume de la main.
Mais l'essentiel, c'est la sensibilité. Lorsqu'une seule molécule de la substance recherchée pénètre dans la goutte, la couleur du laser change brusquement. C'est comme une fausse note dans un orchestre : on l'entend immédiatement, même si les musiciens sont nombreux. Les scientifiques ont réussi à faire en sorte que le capteur détecte 30 attomoles, soit 30 molécules pour un milliard de milliards de molécules d'eau. Pour comparer : c'est comme trouver un grain de sable dans une montagne de sable.
Un tel capteur n'a pas besoin d'être coloré ou préparé : il brille tout seul et signale lui-même sa découverte. À l'avenir, de telles gouttes pourraient fonctionner directement à l'intérieur des tissus vivants, pour suivre les maladies à leur tout premier stade.
30 attomoles, c'est environ 18 000 molécules. Si une molécule avait la taille d'un petit pois, 18 000 petits pois rempliraient à peine un petit verre.
Dans la série « Star Trek », le tricordeur médical détecte instantanément les maladies à partir d'une goutte de sang — les photomolécules liquides font un premier pas vers un tel dispositif.