Un cristal de la taille d'une moitié de boîte d'allumettes a été cultivé dans un four, où une zone fondue rampait lentement le long d'une tige, laissant derrière elle des couches parfaitement ordonnées. À l'intérieur de ce cristal, les ions de cuivre occupent les nœuds d'un réseau triangulaire — mais les triangles sont légèrement déformés, comme si quelqu'un avait appuyé sur un coin. Chaque ion de cuivre se comporte comme une minuscule aiguille magnétique qui peut pointer vers le haut ou vers le bas.
À température ambiante, les aiguilles s'agitent de manière chaotique. Mais lorsque le cristal a été refroidi à 1,14 kelvin — plus froid que dans l'espace interstellaire — elles se sont soudainement figées en un motif unique. Il s'est avéré que ce motif ne ressemble pas au « moulinet » classique de trois aiguilles à 120 degrés, attendu sur un triangle régulier. Au lieu de cela, les aiguilles se sont couchées dans un même plan, mais légèrement inclinées les unes vers les autres : une composante du moment est deux fois plus petite que l'autre.
Les neutrons, passés à travers le cristal, ont joué le rôle d'un mètre ruban ultra-sensible : leur diffusion a permis de mesurer précisément où pointe chaque aiguille. Il s'est avéré que le moment magnétique total par ion de cuivre est de 0,89 magnéton de Bohr. C'est nettement moins que pour un ion libre — une partie du moment est « mangée » par les fluctuations quantiques qui ne s'arrêtent jamais, même au zéro absolu.
Le réseau triangulaire déformé est comme un piano légèrement désaccordé : au lieu d'un accord pur, on entend une mélodie inattendue mais harmonieuse. Comprendre ces mélodies n'est pas qu'une question de curiosité : dans de tels matériaux, on cherche de nouveaux états de la matière qui pourraient servir aux technologies quantiques de demain.
La température de 1,14 kelvin équivaut à -272°C. À cette température, le mouvement thermique s'arrête presque, et les effets quantiques commencent à régir le comportement des aiguilles magnétiques.