Le proton n'est pas une boule solide, mais un nuage bouillonnant de quarks et de gluons. Chaque particule porte son petit morceau de rotation, mais si l'on additionne tous les morceaux, on n'obtient pas tout le spin du proton. Une partie de la rotation semble se cacher dans les habitants les plus lents du nuage – ceux qui ne portent qu'une infime fraction du mouvement total. Les attraper dans une expérience est presque impossible : il faut des collisions à la limite de l'énergie, comme si l'on essayait d'entendre un murmure dans le vacarme d'une cascade.
Dans ce nouveau travail, on a réussi à dériver des formules exactes pour le comportement de ces particules silencieuses. Auparavant, les équations n'étaient résolues que numériquement, sur ordinateur, en ajustant les réponses pas à pas. Maintenant, on dispose de solutions analytiques – comme une recette toute prête au lieu d'essais infinis en cuisine. Les formules prédisent comment la rotation se répartit entre quarks et gluons dans la limite où leur fraction d'impulsion tend vers zéro. Les calculs coïncident avec les calculs approximatifs précédents jusqu'au troisième ordre de précision – c'est comme comparer ses montres à un étalon.
Désormais, les physiciens peuvent dire à l'avance quelle contribution au spin du proton apporteront les quarks et gluons les plus lents. C'est comme connaître le poids de chaque ingrédient d'un gâteau sans ouvrir le four. Les futures expériences sur les nouveaux accélérateurs pourront vérifier ces prédictions directement.
Le spin du proton ne s'additionne pas à partir des spins de ses parties, comme pour une toupie ordinaire. Même si l'on arrêtait tous les quarks et gluons, le proton continuerait de tourner – grâce à leur mouvement orbital à l'intérieur.