Le lithium est comme un thermomètre plongé dans les entrailles d'une étoile. Cet élément léger se détruit à une température d'environ 2,5 millions de degrés, si bien que sa quantité en surface révèle à quel point la matière stellaire a été mélangée en profondeur.
Les spectres de 71 jeunes étoiles de masse intermédiaire (de 1,5 à 3,5 masses solaires) montrent que chez 25 à 30 % d'entre elles, le lithium est nettement moins abondant que dans le nuage d'origine. Chez les étoiles légères, cela arrive plus souvent, mais pour les étoiles intermédiaires, c'est une surprise. La cause est la rotation rapide : l'étoile, telle une patineuse qui ramène ses bras, s'emballe, ce qui accentue le mélange qui entraîne le lithium vers les profondeurs où il périt.
Chez les étoiles intermédiaires, cette transition se produit environ deux fois plus vite que chez les étoiles légères. Le champ magnétique de l'étoile, qui s'accrochait auparavant au disque, se contracte, et l'étoile se met à tourner trois fois plus vite, tandis que la matière du disque tombe sur elle quatre fois plus activement. Cela ressemble à un cycliste qui lâche le guidon : la roue prend de la vitesse.
Il est possible que ce même lien entre lithium et rotation explique pourquoi les étoiles avec des planètes ont moins de lithium : les planètes ont pu influencer la rotation précoce de l'étoile, qui à son tour a déterminé le sort du lithium. C'est un cercle : du disque et des planètes à la rotation, et de la rotation au lithium.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2604.05040
(Abridged) We contribute to our understanding of the evolution of young intermediate-mass stars by providing a comprehensive analysis of their lithium (Li) content. A sample of 71 intermediate-mass T Tauri (IMTT) and Herbig stars within the mass range 1.5 -- 3.5 M$$_{\odot}$$ was carefully selected for the analysis. Metallicities, rotational velocities, and accretion rates were obtained from spectra. The curves of growth for stars hotter than 8000 K were built to infer the Li abundances, which were interpreted considering standard models of stellar interiors and non-standard processes affecting Li depletion. Li is generally less strongly depleted in intermediate-mass stars than in their lower-mass counterparts, as expected from standard evolution models. However, Li abundances significantly below the cosmic value are observed in 25 -- 30$$\%$$ of intermediate-mass stars. It is also unexpected that the results show no significant difference between the 1.5 --2.5 M$$_{\odot}$$ and 2.5 -- 3.5 M$$_{\odot}$$ subsamples. Evidence is provided showing that disk-locking works in young intermediate-mass stars. This constitutes independent support for the hypothesis that magnetospheric accretion scenario operates in these sources. We found that disk-locking is effective for a timescale that is about twice shorter than for lower-mass stars, before magnetospheres reduce their sizes during the transition from the IMTT to the Herbig regime. This contraction of the magnetosphere can explain the increase in rotation by a factor of about 3 and in accretion by a factor of about 4 that is observed during this transition. We propose a complex scenario linking rotation, accretion, and the surface Li abundance. Finally, we tentatively suggest that the known relation between the presence of planets and Li depletion might also be present in intermediate-mass main sequence (MS) stars and might originate in the pre-MS.
Le lithium est l'un des trois éléments nés dans les premières minutes après le Big Bang, avec l'hydrogène et l'hélium. Les étoiles le détruisent principalement, plutôt que de le créer.
Dans le roman « Le Problème à trois corps » de Liu Cixin, les extraterrestres étudient les étoiles pour comprendre leur évolution ; le test du lithium relève du même arsenal de reconnaissance astrophysique.