La vitesse de la lumière dans le vide est le métronome de la physique : elle donne le rythme à tous les processus. Qu'elle déraille, et l'harmonie habituelle s'effondre. Pour vérifier si ce rythme ne se dérègle pas dans des conditions extrêmes, on peut compter sur les neutrinos — des particules omniprésentes mais presque insaisissables venues du cosmos. Les futurs détecteurs GRAND et POEMMA traqueront les neutrinos d'énergie la plus élevée, là où un écart se manifesterait le plus nettement. Si la constance de la vitesse de la lumière est violée, les types de neutrinos commenceraient à se transformer les uns dans les autres différemment : on observerait un nombre anormalement élevé de neutrinos tau.
Les calculs promettent : les nouvelles installations détecteront un dérèglement du rythme dix fois plus faible que toute expérience précédente. Étonnamment, même une violation microscopique de la loi de Hendrik Lorentz et Albert Einstein provoquerait non pas une simple fausse note, mais une véritable cacophonie — les détecteurs seraient submergés par une pluie de particules d'un seul type. Et alors, la musique de l'Univers résonnerait d'une toute nouvelle manière. Ou bien le rythme se révélerait impeccable, et nous confirmerions une fois de plus son harmonie.
Les neutrinos sont si insaisissables que chaque seconde, des milliards de milliards de ces particules traversent votre ongle sans que vous vous en aperceviez.