Une galaxie n'est pas une image figée, mais un chaudron bouillonnant où de nouvelles étoiles naissent constamment d'un gaz ténu. Pour comprendre combien de temps cette ébullition va durer, les astronomes pèsent l'ingrédient principal : l'hydrogène moléculaire froid. Il est lui-même invisible, mais il est trahi par le monoxyde de carbone (CO), qui brille dans le domaine radio.
Une équipe de scientifiques a pointé le télescope James Clerk Maxwell vers 42 petites galaxies, à peu près semblables à notre voisine de la constellation du Triangle. Dans la moitié d'entre elles, ils ont réussi à capter le signal du monoxyde de carbone. Un détail curieux est apparu : l'émission thermique des minuscules grains de poussière à une longueur d'onde de 12 micromètres monte et descend à l'unisson avec la quantité de gaz moléculaire. C'est comme estimer la hauteur des flammes en sentant la chaleur du poêle, sans regarder à l'intérieur.
Le plus intéressant est la façon dont le réservoir de carburant lui-même change. Lorsqu'une galaxie prend de la masse, son nuage de gaz passe d'un état atomique léger et diffus à des amas moléculaires denses et compacts — les futures pépinières d'étoiles. Dans les galaxies naines, presque tout le carburant est dispersé sous forme d'atomes raréfiés, tandis que dans les plus massives, il est déjà empaqueté dans des nuages froids et denses, prêts à l'emploi.
La relation entre la lumière des étoiles et la densité du gaz dans les galaxies est si stable qu'on l'appelle la « loi de Kennicutt-Schmidt » — c'est la règle d'or de la cuisine stellaire dans l'Univers.
Dans le roman « Les Dieux eux-mêmes » d'Isaac Asimov, les habitants d'un univers parallèle cherchent désespérément un moyen de transférer de la matière depuis notre monde — un peu comme les astronomes cherchent des réservoirs cachés de gaz qui alimentent les étoiles.