Un morceau de pâte à modeler, si on le malaxe, se comporte comme un solide amorphe — ni cristal, ni liquide. À l'intérieur d'un tel matériau, des avalanches peuvent se produire : une minuscule réorganisation en entraîne d'autres, et une onde traverse tout l'échantillon. Un tissu vivant, où les cellules se divisent et se réorganisent constamment, est également amorphe, mais il contient une source d'énergie — les divisions. Jusqu'à présent, on ignorait si de telles avalanches, semblables à celles des matériaux passifs, se produisaient dans un environnement aussi actif.
Les chercheurs ont construit un modèle bidimensionnel où chaque cellule est un bloc élastique, et la division cellulaire est un événement actif qui injecte de l'énergie. Il s'avère qu'en dessous du seuil de fluage, les divisions fluidifient le tissu, lui permettant de s'écouler comme un miel très épais. Mais contrairement à leurs équivalents passifs, le tissu actif ne produit pas d'avalanches géantes de réorganisation. Les divisions agissent comme une multitude de petits amortisseurs : elles atténuent les grandes fluctuations, les empêchant de s'amplifier.
La raison de la suppression des avalanches réside dans l'équilibre énergétique. L'énergie apportée par les divisions permet au tissu de s'écouler, mais elle est juste suffisante pour entretenir le mouvement, pas pour accélérer les réactions en chaîne. En conséquence, le tissu reste au bord de la stabilité — comme un tas de sable qui ne s'éboule que par petites portions, mais ne glisse jamais en avalanche entière. Cela explique pourquoi les organes en croissance ne se détruisent pas sous l'effet des réorganisations internes.
Les solides amorphes — comme le verre ou un gel dense — peuvent s'écouler si on attend assez longtemps. Un vitrail dans une vieille cathédrale devient plus épais en bas au fil des siècles.
Dans le roman « Blanc comme neige » de Peter Watts, on décrit des tissus extraterrestres capables de s'auto-organiser sans contrôle central — un peu comme les systèmes amorphes actifs.