Un immense instrument de musique est caché sous terre. Il ne capte pas les sons, mais les frémissements de l'espace lui-même — les ondes gravitationnelles provenant de la fusion d'étoiles mortes. Mais cet instrument a un problème : le « souffle » de la Terre le gêne. Les vents, les tempêtes, même le changement des saisons font vibrer le sol, créant des interférences.
Une équipe de chercheurs a étudié l'intensité de ces interférences en Sardaigne, une île envisagée comme l'un des sites pour la construction du nouveau détecteur d'ondes gravitationnelles Einstein Telescope. De 2022 à 2025, ils ont enregistré le bruit sismique dans des forages profonds et ont comparé le meilleur mois (juillet) au pire (décembre). La différence s'est avérée minime. Même en décembre, lorsque l'océan est agité, le bruit supplémentaire ne réduit la clarté du signal que de quelques pour cent.
C'est une bonne nouvelle : le détecteur pourra fonctionner de manière stable toute l'année, sans systèmes coûteux de suppression des interférences. Le silence des profondeurs sardes s'avère un allié fiable dans la chasse aux cataclysmes cosmiques. Lorsque le télescope entrera en service, il entendra même les « soupirs » les plus lointains de l'Univers — été comme hiver.
Les ondes gravitationnelles issues de la fusion de deux étoiles à neutrons étirent et compriment l'espace sur Terre de moins que le diamètre d'un proton — c'est pourquoi les détecteurs doivent être incroyablement sensibles.
Dans le roman « Contact » de Carl Sagan, un signal venu de l'espace devait lui aussi être extrait du bruit, mais là, les interférences étaient d'origine humaine, et non naturelle.