Les lois quantiques gouvernent le monde des atomes. Pour qu'un objet macroscopique devienne quantique, il faut le refroidir presque au zéro absolu dans des cryostats. Les physiciens ont procédé autrement : avec un laser, ils ont fait taire une membrane à température ambiante. La membrane, telle une cloche minuscule, sonne sous les chocs thermiques. Le laser agit comme un doigt précis : il la pousse en opposition de phase, apaisant la vibration (refroidissement dynamique). Mais les oscillations rapides exigent de l'anticipation. C'est là qu'intervient la rétroaction cohérente — le faisceau prédit le mouvement et frappe à l'avance. La combinaison des approches a réduit l'entropie — la mesure du désordre — de plusieurs dizaines de milliers de fois.
Le silence ouvre la voie à des instruments d'une sensibilité inouïe. Les détecteurs d'ondes gravitationnelles ont besoin d'un repos absolu des miroirs pour entendre le frémissement de l'espace-temps. Le refroidissement laser sans l'encombrante cryogénie rapproche cet objectif, pressenti par Rainer Weiss et Kip Thorne. Paradoxe : la membrane est chaude au toucher, mais se comporte comme si elle était refroidie à des milliardièmes de kelvin.
Si l'on pouvait entendre la membrane, son bruit avant refroidissement évoquerait le vacarme d'une foule dans un stade, et après, le murmure d'une seule personne dans une bibliothèque vide.