L'eau chaude gèle parfois plus vite que l'eau froide — c'est l'effet Mpemba. Dans le monde quantique, un paradoxe similaire se manifeste : plus l'équilibre est rompu, plus vite il se rétablit. C'est comme une fuite en avant face au désordre (l'entropie) : le système se hâte vers l'ordre, et un fort déséquilibre initial ne fait que l'aider. Cependant, les particules quantiques obéissent à des règles de conservation strictes — comme celles du modèle standard. Ces règles fragmentent l'état du système en cellules isolées, un peu comme un bac à glaçons compartimenté. Il s'avère que dans ce système fragmenté, l'effet Mpemba se manifeste deux fois : un type de déséquilibre « fond » rapidement, l'autre plus lentement. Certaines cellules sont gelées pour toujours : le déséquilibre y est conservé, gardant la mémoire de l'état initial. Ces cellules sont une chronique quantique, capable de survivre au système lui-même. Les cellules actives atteignent rapidement l'équilibre, donnant naissance au paradoxe. Les idées de Ludwig Boltzmann sur le lien entre entropie et probabilité, et celles de John von Neumann sur le désordre quantique, s'entrelacent en un motif de mémoire et d'oubli.
L'effet Mpemba classique a été remarqué par un écolier tanzanien en 1963, alors qu'il préparait de la glace et découvrait que le mélange chaud gèle plus vite. Son observation a laissé de nombreux physiciens perplexes.
La décomposition en cellules isolées évoque l'interprétation des mondes multiples : le passé du système se conserve dans des branches distinctes de la réalité, comme dans des univers parallèles.