Une pente avec trois creux : le plus profond est la position stable de la bille, celui du milieu est instable. Une petite poussée, et la bille dévale. Pourtant, une vibration constante de la bonne intensité peut la maintenir dans le creux du milieu pendant longtemps.
Dans les années 1950, les physiciens Lee et Yang ont découvert que tous les états de la matière sont séparés par des points invisibles dans le monde des nombres imaginaires. Ces points, appelés zéros de Lee-Yang, délimitent les phases. Les phases stables sont cachées loin, tandis que les phases instables (métastables) se rapprochent de l'axe réel. L'étude a montré que la vibration déplace ces zéros, et l'état instable devient stable. Plus l'effet est fort, plus la phase cachée devient réelle.
Les impulsions lumineuses térahertz agissent comme cette « secousse », mais de manière électromagnétique. En contrôlant la lumière, on peut programmer les propriétés des matériaux. Le plus surprenant : la distance du zéro de Lee-Yang à l'axe réel donne exactement l'intensité de vibration nécessaire. L'entropie du système se comporte alors comme une coordonnée sur une carte imaginaire, et la spectroscopie devient une télécommande.
L'eau surfondue dans les nuages peut rester liquide même à –40°C, jusqu'à ce qu'elle rencontre une poussière ou une onde de choc.
Dans le roman « Blindness » de Peter Watts, les héros sont confrontés à des états de conscience métastables — un peu comme une phase instable de la matière.