Vue de l'extérieur, la croissance d'une population ressemble à un train qui prend de la vitesse : d'abord il avance péniblement, puis il accélère. Mais dès qu'on plonge dans les données, l'image se brouille. Dans une mesure, on compte une dizaine d'individus ; dans une autre, une centaine d'un coup. Les modèles classiques balaient cette dispersion comme une saleté gênante sur l'objectif. Ils partent du principe que le bruit est uniforme et l'ignorent tout simplement. La nouvelle étude propose, elle, de tendre l'oreille à ce bruit — comme un médecin écoute la respiration d'un patient. Les sifflements et les râles racontent ce qui se passe à l'intérieur.
Pour base, les auteurs ont utilisé des réseaux de neurones biologiquement informés (BINNs). C'est un peu comme un réseau de neurones classique dans lequel on aurait intégré un manuel de biologie — pour qu'il n'invente pas des lois inexistantes. À ce « manuel », ils ont ajouté un module entraînable qui s'adapte en temps réel à l'irrégularité de la dispersion. En statistiques, cette propriété porte le nom d'hétéroscédasticité (littéralement « dispersion variable »). Sur l'exemple de la croissance d'une population, le réseau de neurones a non seulement reconstitué la loi cachée, mais a aussi déterminé lui-même où les données sont plus fiables, et où elles ressemblent à un électrocardiogramme sous stress.
Le résultat a surpris : en apprenant à distinguer le bruit « fort » du bruit « faible », le réseau de neurones a affiné ses prédictions de croissance. Il s'avère que la structure de la variabilité n'est pas une ennemie, mais une alliée. Elle recèle des informations sur la façon dont la population réagit à l'environnement, à la promiscuité, aux coups du sort. Cette approche ne servira pas seulement en écologie, mais aussi en médecine — là-bas, la dispersion des données entre patients n'est pas un défaut, mais une clé pour un traitement personnalisé.
Le terme « hétéroscédasticité » a été inventé par un économiste qui étudiait les inégalités de revenus, mais aujourd'hui, ce mot résonne davantage dans les conversations des biologistes et des ingénieurs que dans celles des financiers.
Dans « Westworld », les hôtes androïdes accèdent progressivement à la conscience grâce à la variabilité de leur comportement — leur « bruit » est devenu non pas un bug, mais le moteur de l'évolution.