Un électron plonge dans un cristal, changeant son énergie au passage. Dans un réseau ordinaire, il voit une alternance de bandes autorisées et de lacunes interdites — c'est l'alphabet des semi-conducteurs. Mais dans un quasi-cristal, le motif des atomes ne se répète jamais exactement. Le spectre est aussi découpé par des lacunes, et à l'intérieur de chaque lacune, la densité des états électroniques est constante. Quels nombres peut-elle prendre ? La réponse, semble-t-il, est inscrite dans la topologie du motif lui-même — presque comme le code génétique détermine la forme d'une protéine.
Il y a quarante ans, Jean Bellissard a montré que la clé réside dans la K-théorie des C*-algèbres (algèbres d'opérateurs généralisant les nombres complexes) et dans l'homologie de l'espace des modules du groupoïde (généralisation d'un groupe où la multiplication n'est pas définie pour toutes les paires). Cependant, la description algébrique exacte échappait. Le nouveau travail de Hiroki Matsui propose une méthode unifiée — le séquençage du génome apériodique. Il étudie les systèmes dynamiques — des actions de groupes poly-Z sur des ensembles de Cantor, des exemples classiques de topologie. Au lieu de calculer directement les groupes de K-théorie, Matsui construit des ponts vers l'homologie via des suites exactes (chaînes d'applications où l'image coïncide avec le noyau).
Pour les groupes poly-Z de longueur de Hirsch jusqu'à 4, la méthode donne une image presque complète. Dans les cas unidimensionnel et bidimensionnel, l'hypothèse HK est vérifiée exactement : la K-théorie est isomorphe à la somme des homologies, et le gap-labelling est obtenu en nombres entiers. Pour l'action tridimensionnelle de Z³, l'hypothèse HK intégrale est prouvée pour la première fois rigoureusement. Pour des systèmes plus complexes, un facteur ½ apparaît, et l'obstacle est toujours d'ordre 2 — c'est un écho des transpositions dans le groupe plein topologique. Les idées de Henri Poincaré (dualité), de David Hilbert (espaces abstraits) et de John von Neumann (algèbres d'opérateurs) imprègnent toute la construction.
La méthode révèle aussi pourquoi les versions rationnelles des hypothèses sont largement vérifiées, mais pas les versions intégrales : les obstacles ont une torsion d'ordre 2. Pour éliminer le malheureux ½, on pourrait avoir besoin du déterminant de de la Harpe–Skandalis ou d'une suite spectrale plus fine. À venir : la vérification de l'hypothèse HK pour les groupes de longueur de Hirsch 5 et le transfert de la technique aux groupoïdes avec torsion. L'objectif à long terme est la classification des motifs apériodiques eux-mêmes selon leur « génome » spectral. Le génome d'un cristal apériodique est presque lu ; il reste à corriger quelques coquilles dans les codons.
L'hypothèse HK a été formulée pour la première fois par Matsui lui-même en 2012. En 2025, Scarparo et Dily ont construit des contre-exemples — des groupoïdes pour lesquels elle est fausse, comme des mutations génétiques dans un ordre pur. Cependant, pour les systèmes naturels, comme les actions de Zⁿ, elle reste largement vraie.
Les pavages apériodiques et les lacunes interdites rappellent les « A-ordres » du roman de Greg Egan, « Quarantaine », où les propriétés de la réalité changent lorsqu'on les observe. Pour l'instant, la recherche reste dans les mathématiques solides.