Après le Big Bang, l'Univers s'est gonflé instantanément (idée d'Alan Guth), laissant des plis microscopiques — les futurs amas de galaxies. La statistique de ces plis est presque aléatoire, comme des rides sur l'eau. Mais si la « pierre » n'était pas parfaite, un motif se cache dans l'ondulation — la non-gaussianité. Les astrophysiciens combinent trois « objectifs » pour le voir. L'optique capture la déviation de la lumière des galaxies lointaines par la gravité de la matière invisible dans les amas — un effet prédit par Fritz Zwicky. Le micro-onde, la distorsion du rayonnement fossile refroidi du Big Bang par le gaz chaud (effet Sunyaev-Zel'dovich). Le rayon X, l'émission du même gaz, chauffé à des millions de degrés et contenant des impuretés lourdes. Séparément, les parasites des noyaux actifs de galaxies gênent. La reconstruction informatique des trois images filtre le bruit et révèle deux fois plus précisément le motif primordial.
Rebondissement inattendu : ce sont justement les traces de métaux qui rendent le canal X particulièrement perçant — l'hydrogène et l'hélium purs brilleraient des centaines de fois plus faiblement. Avec cette nouvelle approche, les théories de l'inflation, auparavant inaccessibles, entrent dans le domaine du testable.
L'énergie de l'inflation était un trillion de fois supérieure à celle du collisionneur, mais nous lisons les traces de cette « poussée » dans la distribution des galaxies avec une précision de quelques pour cent — comme si nous reconstituions la forme d'une pierre ancienne à partir des rides de l'eau.