Il y a cent ans, Einstein a élaboré la recette de la gravité, et Lemaître a remarqué que la cuisine elle-même – l'Univers – est en expansion. Aujourd'hui, on sait que cette expansion s'accélère, comme si on versait un bouillon mystérieux dans la soupe : l'énergie noire, qui constitue 70% du menu, mais dont la recette est perdue.
Pour vérifier si l'on peut corriger Einstein, un algorithme a été mis à contribution, fonctionnant comme l'évolution : l'apprentissage automatique a généré des milliers d'équations, les a croisées et a retenu celles qui passaient le test des données. Les supernovae et les mesures des ondes sonores de l'Univers primordial issues du relevé DESI ont servi de nourriture. Grâce au décalage vers le rouge de leur lumière – l'étirement du rayonnement lors de son voyage à travers un espace en expansion – on a calculé le rythme d'expansion à différentes époques. Chaque version a été testée sur un modèle numérique du cosmos. Le verdict est sans appel : toute variante viable est indiscernable de la version standard. Comme la moutarde dans un dessert, la moindre liberté prise avec la gravité gâche immédiatement tout le plat.
L'écart autorisé équivaut au changement de poids d'une feuille de papier si l'on y ajoute une seule lettre. Mais il y a aussi une conclusion stupéfiante : l'énergie noire, très probablement, ne se cache pas dans les défauts de la gravité, mais est une substance à part entière.