Un conducteur roule dans le brouillard et ne voit que le mètre de route juste devant lui. Sa carte lui devient inutile à chaque virage, faute de repères visibles. Le démon de Maxwell, qui cherche à extraire du travail du mouvement thermique, se retrouve dans une situation comparable lorsque ses mesures sont bruitées. Des chercheurs ont montré que, dans un tel brouillard, un simple coup d'œil à l'instant présent est plus fiable qu'une mémoire détaillée du trajet.
Dans l'expérience, une minuscule plaque oscille à une fréquence de 1100 Hz, et sa position est mesurée avec une précision de 1 pm, mais on y ajoute du bruit, comme de la saleté sur le pare-brise. La force de commande bascule selon le signe de la coordonnée mesurée, et les fluctuations thermiques fournissent un peu de travail. Plus le démon sait précisément où se trouve la plaque, plus il extrait de travail.
Quand les mesures sont presque parfaites, c'est la borne qui se souvient de tout qui s'avère la meilleure. Mais il suffit d'ajouter du bruit pour qu'elle faiblisse rapidement. Le lien instantané simple tient mieux le choc et prédit avec exactitude la quantité de travail récupérable. Le brouillard s'épaissit, et le conducteur cesse de consulter sa carte pour ne plus surveiller que ce qu'il voit juste devant son capot.
Le microcantilever oscille avec une amplitude d'environ 1 nanomètre, comparable à la taille d'une petite molécule, et la précision de l'interféromètre permet de distinguer un déplacement d'un millième de cette amplitude.
L'idée d'un démon qui extrait du travail du mouvement thermique, mais se trompe dans ses mesures, fait écho à la nouvelle de Stanislas Lem « Le démon de deuxième espèce », où le démon se heurte aux limites de sa propre perception.