La lumière qui n'atteint pas la caméra laisse pourtant sa trace sur elle. C'est ainsi que fonctionne la nouvelle méthode de prise de vue : on éclaire l'objet avec une couleur, et l'image est assemblée à partir d'une autre. Dans le cristal, les ondes lumineuses se mélangent, et l'information sur l'invisible passe au faisceau visible.
Dans l'expérience, on a utilisé un cristal de thiogallate d'argent. Il est conçu de telle sorte que deux faisceaux de couleurs différentes le traversent selon un angle. L'un des faisceaux est celui qui éclaire l'échantillon, l'autre est celui qui atteint la caméra. Lorsque le premier faisceau traverse l'échantillon, ses propriétés changent. Ces modifications sont transférées au second faisceau, et la caméra voit l'image.
La prise de vue a été réalisée à une longueur d'onde de 8 micromètres. C'est dix fois plus fin qu'un cheveu humain. En dix secondes, la caméra obtenait une image avec une résolution de 297 micromètres — à peu près comme le point d'un crayon bien taillé. De plus, l'image contenait plus de huit mille éléments distincts.
Bilan : les images sont cent fois meilleures que celles des détecteurs infrarouges ordinaires. Et tout cela à température ambiante, sans refroidissement encombrant. Cette approche sera utile pour l'inspection rapide de matériaux, la recherche d'impuretés ou le suivi de processus chimiques.
Le cristal de thiogallate d'argent dans cette expérience agit comme un traducteur : il prend le signal infrarouge invisible et le traduit dans le langage de la lumière visible, que comprend une caméra ordinaire.