Chaque année, un nombre différent d'ouragans naît dans l'Atlantique : parfois cinq, parfois quinze. Les scientifiques ont longtemps cherché à savoir si ce nombre pouvait être prédit à l'avance, en s'appuyant sur trois facteurs principaux : les eaux océaniques chaudes, le phénomène El Niño et les variations de pression atmosphérique. Ces trois éléments expliquent environ la moitié des différences entre les années. Mais on a récemment découvert qu'il est impossible d'améliorer davantage les prévisions.
Les scientifiques ont vérifié cela sur des données couvrant 140 ans. Ils ont pris un modèle simple avec trois facteurs et l'ont comparé à des méthodes très complexes qui utilisent des cartes de température de tout l'océan. Résultat : le modèle simple et les modèles complexes se trompent tout autant, avec une erreur d'environ 2,5 ouragans. Cela signifie que la complexité supplémentaire n'apporte rien. La raison en est que les ouragans eux-mêmes apparaissent de manière aléatoire, comme des événements rares, et ce hasard ne peut être contourné par aucun calcul.
Les chercheurs réfléchissent maintenant à la suite. Peut-être existe-t-il des liens cachés entre les années consécutives que l'on n'a pas encore remarqués. Ou peut-être faut-il abandonner l'hypothèse selon laquelle les ouragans se forment indépendamment les uns des autres. Mais pour l'instant, toutes les vérifications montrent que le hasard est bien réel, et le plafond de précision est atteint. Pour les habitants des côtes, c'est une information importante : mieux vaut se préparer à la variabilité que d'attendre un miracle des ordinateurs.
Le nombre moyen de cyclones par saison dans l'Atlantique est d'environ dix, mais en raison de la nature poissonnienne du processus, la variabilité d'une année à l'autre est d'environ trois cyclones. Cela signifie que même un modèle parfait ne peut pas prédire le nombre exact avec une erreur inférieure à environ 2,5 cyclones en moyenne.
Dans le roman de Kim Stanley Robinson « Quarante signes de pluie », des scientifiques tentent d'améliorer les prévisions météorologiques extrêmes, confrontés au chaos de l'atmosphère. Ici, la situation est similaire : même avec une connaissance complète des indices climatiques, il reste un aléa irréductible que nul calcul ne peut vaincre.