En 1961, Stanislas Ulam a proposé un modèle simple : une particule rebondit entre un mur fixe et un mur qui oscille selon une loi linéaire par morceaux. On pourrait croire à un billard comme un autre. Mais derrière cette simplicité se cachait une question qui a tourmenté les physiciens pendant des décennies : la particule peut-elle accélérer jusqu'à l'infini ?
La réponse est paradoxale. Dans la version classique, presque jamais. Les orbites accélératrices existent, mais elles sont si rares qu'elles forment un ensemble de mesure nulle. Presque chaque particule revient une infinité de fois à son niveau d'énergie initial. En revanche, la version quantique se comporte différemment : l'énergie croît de façon quadratique. La boule quantique accélère là où la classique piétine.
C'est comme si une boule de billard classique, lancée vers une poche, revenait presque toujours à sa position de départ, tandis qu'une boule quantique s'envolait dans les airs. La différence entre les mondes ne réside pas dans les détails, mais dans la nature même du mouvement. La quantification change radicalement la conclusion : la récurrence classique typique est remplacée par une accélération quantique.
Avant ce travail, on ignorait comment se comportaient presque toutes les orbites dans le modèle linéaire par morceaux de Fermi-Ulam et pourquoi la version quantique accélérait. Désormais, il est prouvé que les orbites classiques accélératrices forment un ensemble de mesure nulle, et que l'énergie quantique croît de façon quadratique en résonance générale. Les auteurs ont réduit la dynamique à un produit croisé sur un échange d'intervalles et ont calculé le spectre quasi-énergétique via des matrices finies. Cela pourrait être utile pour concevoir des pièges dynamiques pour atomes froids et en mésoscopique, où les frontières varient dans le temps.
Le cas non résonant reste ouvert : là, le produit croisé disparaît et la dynamique sur les cercles invariants se transforme en un échange d'intervalles infini, un problème non résolu en soi. Pour la version quantique, on s'attend à ce que, pour des nombres de résonance diophantiens ou de Liouville, le spectre absolument continu dégénère en spectre singulièrement continu ou ponctuel, mais l'analyse de grandes matrices se heurte encore à des difficultés de calcul.
Ulam a choisi les paramètres A=1/√2, B=√2, T=1 presque au hasard, et ce sont précisément ceux-ci qui se sont avérés être un cas particulier de la résonance 1:1, où les orbites classiques accélératrices existent mais sont extrêmement rares.