La lumière ordinaire, dans l'eau trouble, le brouillard ou derrière la poussière cosmique, se disperse et transforme toute image en une tache floue. Même des mesures précises de luminosité (photométrie) ne peuvent percer ce chaos.
Mais on peut prendre une paire de photons intriqués. Ces particules sont liées par un fil invisible : tout ce qui arrive à l'une se répercute instantanément sur l'autre, comme deux nageurs qui répètent toujours leurs mouvements en parfaite synchronie. Cette étrange connexion a été étudiée par John Bell et Alain Aspect. On fait passer un photon à travers l'eau trouble, tandis que l'autre reste de côté. Bien que la lumière transmise devienne méconnaissable, l'information sur l'image ne disparaît pas : elle se conserve dans les mouvements du jumeau intact. En lisant ces mouvements, on peut reconstituer une image nette comme si le milieu était devenu transparent — mais seulement pour ce duo quantique.
Résultat : un canal caché. Pour un observateur extérieur, il n'y a que du bruit blanc ; pour celui qui connaît le rythme du duo, une image claire. Une telle communication est presque impossible à intercepter, et on peut l'adapter à n'importe quel milieu diffusant, des tissus biologiques aux nuages.
L'intrication quantique est déjà utilisée pour des transactions bancaires top secrètes. La nouvelle méthode promet d'étendre cette protection à des images entières, et non plus seulement à des clés.