Les roches lunaires rapportées sur Terre cachent une énigme : leur âge est de 4,35 milliards d'années, mais la Lune elle-même aurait dû naître 150 millions d'années plus tôt. Ce temps manquant est enfoui dans le réchauffement par les marées. Lorsque la Lune était plus proche de la Terre, la gravité terrestre agissait comme des mains infatigables : elle pétrissait et pliait sans cesse le satellite. Cela générait de la chaleur à l'intérieur, un peu comme un fil de fer que l'on plie rapidement. La nature de ces forces a été élucidée par Isaac Newton. Pendant 150 millions d'années, l'océan de magma lunaire ne s'est pas figé, entretenu par cet échauffement cosmique. Mais dès que le magma a commencé à s'épaissir, le réchauffement de marée s'est affaibli, et les dernières gouttes de roche en fusion se sont solidifiées en un instant. C'est ce moment que nous prenons à tort pour la naissance de la Lune. En réalité, les roches lunaires n'ont capturé que le dernier soupir de sa chaleur interne. Cela explique aussi la différence entre la face visible et la face cachée de la Lune : le refroidissement s'est fait de manière inégale. Et aujourd'hui, un échauffement tout aussi infernal fait fondre l'intérieur d'Io, la lune de Jupiter, ce qui en fait le corps le plus volcanique du système solaire.
Les deux faces de la Lune sont comme deux mondes différents : sur la face visible, de vastes « mers » sombres et plates ; sur la face cachée, un chaos de montagnes et de cratères. Il s'avère que le réchauffement par les marées en est la cause : il a fait se solidifier le magma de manière inégale.