Une radiographie ressemble à une photo prise dans le noir avec un flash très bref : tout ce qui bouge apparaît flou. Les détecteurs à rayons X conventionnels sont de grandes matrices de millions de pixels, et pendant qu'ils lisent une image, la suivante est déjà perdue. Pour une turbine en rotation ou un cœur qui bat, une telle lenteur est rédhibitoire.
Une équipe de chercheurs a contourné le problème en abandonnant complètement la matrice. À la place, un seul détecteur très sensible capte l'ensemble du flux de rayons X. Un masque portant un motif aléatoire de zones opaques et transparentes est placé devant l'objet. Le masque tourne rapidement, le motif change, et le détecteur enregistre une série de nombres — comme si l'on regardait le monde à travers des ombres qui défilent. Ensuite, l'ordinateur, connaissant les motifs à chaque instant, reconstruit l'image à partir de ces nombres. Cette approche est appelée imagerie fantôme : l'image naît non pas d'une prise de vue directe, mais de corrélations entre les motifs et les signaux.
Auparavant, l'imagerie fantôme appliquée aux rayons X était trop lente : chaque image prenait des minutes. La nouvelle méthode, avec son masque rapide, accélère la capture à 200 images par seconde, et des détails de 225 micromètres — plus fins qu'un cheveu humain — restent discernables. C'est la première fois qu'une vidéo radiographique nette d'objets en mouvement est obtenue à une telle vitesse.
On peut désormais regarder à l'intérieur d'un moteur d'avion en fonctionnement et voir les aubes du compresseur vibrer à pleine vitesse. Ou faire une radiographie thoracique pendant que le patient respire, sans lui demander de rester immobile. La méthode ouvre la porte au « cinéma » à rayons X là où il n'y avait auparavant que des clichés statiques.
Une résolution de 225 micromètres équivaut à peu près à l'épaisseur de deux feuilles de papier. Avec une vidéo radiographique d'une telle précision, on peut repérer une fissure dans une aube de turbine pendant qu'elle tourne à des milliers de tours par minute.
L'imagerie fantôme évoque les « cartes d'ombres » de la science-fiction, où l'image est reconstruite à partir de la lumière diffuse réfléchie par les murs — comme dans la nouvelle de Ted Chiang « L'histoire de ta vie », où les héros apprennent à lire le monde à travers des signaux à peine perceptibles.