Une jeune planète grandit comme une boule de neige qui dévale une pente : d'innombrables petits cailloux du disque de gaz environnant viennent s'y coller. Plus elle grossit, plus elle attire le gaz — hydrogène et hélium. Une enveloppe dense et chaude se forme autour d'elle. Les cailloux qui la traversent s'échauffent par friction et par leur propre poids, comme des grains de sable tombant dans du miel épais. Certains fondent, et les éléments volatils — zinc, sodium, potassium — s'évaporent.
Cette enveloppe n'est pas hermétique : le gaz s'échappe constamment vers le disque environnant, emportant les éléments évaporés. Les scientifiques ont calculé que la perte d'éléments volatils dépend de la masse de la planète en croissance et de la rapidité avec laquelle son manteau gazeux se renouvelle. Si l'atmosphère ne persiste que quelques siècles, une perte notable de zinc commence pour des planètes d'environ 0,4 masse terrestre, et pour le sodium et le potassium, autour de 0,6 masse terrestre. Les planètes plus légères ne perdent presque pas ces éléments.
Ce scénario explique pourquoi les planètes internes du Système solaire — Mercure, Vénus, la Terre, Mars — contiennent moins d'éléments volatils que le Soleil lui-même. Il s'avère que la future Terre perdait du zinc et du potassium avant même de devenir une planète à part entière.
Le zinc et le potassium présents aujourd'hui dans la croûte terrestre ne sont que des restes : une grande partie s'est évaporée de la surface de la jeune Terre lorsqu'elle grandissait encore dans le disque de gaz.