L'Univers est en expansion, et les galaxies s'éloignent comme les raisins secs dans une pâte qui lève. Mais depuis la fin des années 1990, on sait que cette expansion s'accélère. Quelle force pousse les galaxies à s'éloigner de plus en plus vite ? C'est l'une des plus grandes énigmes de la physique. On l'appelle énergie noire, et elle représente environ 70% de tout le contenu du cosmos.
Le radiotélescope BINGO, au Brésil, cherchera des indices dans la répartition de l'hydrogène, l'élément le plus abondant de l'Univers. L'hydrogène émet des ondes radio d'une longueur de 21 centimètres, et leur décalage permet d'estimer la distance des nuages de gaz. Ainsi, les scientifiques construiront une carte tridimensionnelle de la structure à grande échelle de l'Univers, une toile géante de galaxies et de vides.
Les auteurs de la nouvelle étude ont modélisé comment BINGO verra ces oscillations, en tenant compte des interférences de notre Galaxie et du bruit des récepteurs. Il s'avère que les données du télescope, ajoutées aux mesures du satellite Planck, réduisent la plage des valeurs possibles des paramètres cosmologiques d'environ 60% par rapport à Planck seul. C'est comme si l'on remplaçait un mètre ruban de tailleur par un télémètre laser : les mêmes mesures, mais une précision bien supérieure.
Cette approche permettra non seulement d'affiner les paramètres de l'Univers, mais aussi de suivre comment la quantité d'hydrogène a évolué au cours des derniers milliards d'années. Et surtout, de mieux comprendre comment l'énergie noire s'est comportée : était-elle constante, comme la constante cosmologique d'Einstein, ou ses propriétés ont-elles changé avec le temps ?
La longueur d'onde de 21 centimètres est la « balise radio » naturelle de l'hydrogène. Même si un nuage de gaz se trouve à des milliards d'années-lumière, son signal peut être capté par une antenne radio ordinaire, à condition qu'elle soit suffisamment sensible.