Les astronomes les ont surnommés « petits points rouges » : de lointaines galaxies au centre desquelles se cache un trou noir géant, enveloppé dans une épaisse couche d'hydrogène. Cet emballage n'est pas qu'un camouflage, c'est un véritable canon naturel. Le trou noir aspire la matière, mais en rejette une partie sous forme de jets étroits. Ces jets frappent l'enveloppe de gaz comme des projectiles et engendrent des neutrinos, des particules fantômes capables de traverser un mur de plomb d'une année-lumière d'épaisseur sans s'en apercevoir.
Les nouveaux modèles indiquent que jusqu'à un tiers de tous les neutrinos de haute énergie détectés sur Terre naissent précisément dans ces points. Étonnamment, l'énergie de ces particules dépasse d'un milliard de fois celle atteinte dans les plus puissants accélérateurs terrestres. Elles portent aussi une « empreinte » des conditions régnant à l'intérieur de la source : grâce à elle, les scientifiques pourront sonder le cœur de galaxies qui, autrement, resteraient invisibles.
Les neutrinos sont les particules massives les plus abondantes de l'Univers. Pourtant, ils sont si insaisissables qu'un mur de plomb d'une année-lumière d'épaisseur leur est presque transparent.
Dans le roman de Stanislas Lem « Solaris », les neutrinos servent de moyen de communication avec l'océan pensant : des particules qui ignorent les obstacles deviennent des messagers idéaux.