Une nuit, une étoile au bord du ciel a soudain clignoté et est devenue plus brillante pendant quelques jours. Ce n'est pas une explosion stellaire ni un nuage qui est passé : entre elle et la Terre, une planète invisible a défilé. Par sa masse, elle a courbé la lumière de l'étoile lointaine, comme une lentille de lunettes concentre un rayon de soleil. Les astronomes appellent cela une lentille gravitationnelle, et c'est ainsi qu'ils ont réussi à attraper une planète autrement invisible.
Deux télescopes — l'un en Corée, l'autre au Chili — ont filmé cette étoile chaque minute. Cette cadence d'observation rapprochée a permis de déterminer où se trouve exactement la planète. Grâce à la couleur de l'étoile, également mesurée, on a calculé que la planète pèse environ quarante fois la masse de la Terre. Son étoile mère est petite et peu lumineuse, trois fois plus légère que le Soleil. La distance qui nous sépare de cette paire est d'environ sept mille cinq cents années-lumière.
Cette méthode de détection de planètes s'est révélée si sensible que les scientifiques l'ont testée sur ordinateur. Il s'avère qu'elle peut même repérer des planètes solitaires, qui ne tournent pas autour d'une étoile mais traversent l'espace par elles-mêmes. Au centre de notre Galaxie, cette technique détecterait une planète errante de la masse de Mars, et plus près de nous, même de la masse de la Lune.
La lentille qui a permis de voir une planète aujourd'hui pourrait, demain, révéler tout un essaim de voyageurs invisibles. Et nous saurons alors combien de mondes solitaires dérivent entre les étoiles.
La lentille gravitationnelle fonctionne comme le verre d'une paire de lunettes, mais au lieu du verre, c'est la masse de la planète qui agit. Plus la planète est massive, plus elle courbe la lumière de l'étoile située derrière elle.