Dans un détecteur de matière noire, le gaz joue le rôle de pellicule photographique : une particule qui le traverse laisse une traînée d'électrons libres et d'ions. Mais la luminosité de cette traînée dépend de la façon dont la particule dissipe son énergie dans le gaz. Pour les ions légers comme le fluor, les données étaient jusqu'ici imprécises.
Le groupe de l'Université de Kanagawa a construit une chambre spéciale munie de fils, remplie de CF4 gazeux à une pression de seulement 0,06 atmosphère. On y a injecté un faisceau d'ions fluor d'énergie comprise entre 5 et 50 kiloélectronvolts. Chaque ion, en traversant le gaz, arrachait des électrons, et la chambre comptait la charge collectée sur les fils.
Il s'est avéré qu'à une énergie de 30 keV, un ion fluor crée en moyenne 0,45 paire ion-électron par kiloélectronvolt d'énergie dépensée. Ce nombre varie peu avec l'énergie, mais diminue aux valeurs les plus basses : les ions commencent alors à entrer plus souvent en collision avec les noyaux du gaz, gaspillant leur énergie sans ioniser.
Les concepteurs de détecteurs disposent désormais d'un point de référence fiable : connaissant le rendement d'ionisation, on peut convertir le signal en énergie de la particule. C'est comme étalonner une balance avant de peser : sans étalonnage, toute mesure relèverait de la devinette.
Le CF4 (tétrafluorométhane) est utilisé dans les détecteurs parce que le fluor est l'un des meilleurs « miroirs » pour les collisions avec les particules hypothétiques de matière noire.