C'est Albert Einstein qui avait prédit les ondes gravitationnelles — ces frémissements de la trame même de la courbure de l'espace-temps. Aujourd'hui, des installations géantes comme LIGO, imaginées grâce à Rainer Weiss et Kip Thorne, les détectent. Mais toutes restent sourdes aux notes graves : en dessous de 20 oscillations par seconde, les secousses terrestres — vagues, trains, ou simples pas humains — noient le signal, comme le bruit d'un orchestre couvre un murmure.
La solution ? Un système qui étouffe les vibrations, à la manière d'écouteurs à réduction de bruit active, éliminant les parasites jusqu'à un centième d'oscillation par seconde (10 millihertz). Avec des capteurs de mouvement cinq fois plus précis que les habituels, cela donne un gain décuplé à 10 hertz. On peut désormais entendre les accords graves de l'Univers — les fusions de trous noirs de masse intermédiaire, des milliers de fois plus lourds que le Soleil.
Ce bond en avant ne se contente pas de tripler le rayon de détection (le volume, lui, est multiplié par près de 30) : il pourrait aussi révéler si les trous noirs supermassifs des centres galactiques naissent de telles « graines ».
Les ondes gravitationnelles à basse fréquence sont les seules messagères des trous noirs de masse allant de quelques centaines à quelques centaines de milliers de soleils ; ces « justes milieux » sont restés invisibles pour tous les télescopes.
Comme dans « Interstellar » : les instruments ressentaient les frémissements de l'espace provoqués par des trous noirs lointains. Aujourd'hui, nous percevons ces frémissements avec une netteté inouïe.