Depuis près d'un siècle, les astronomes traquent la matière noire, cette armature invisible qui empêche les galaxies de se désagréger. Le premier à en parler fut Fritz Zwicky, puis Vera Rubin en a prouvé l'existence en montrant que les étoiles des confins galactiques se déplacent trop vite. Stephen Hawking a suggéré que la matière noire pourrait être composée de trous noirs primordiaux, nés dans le feu du Big Bang.
De récentes observations de la galaxie d'Andromède avec le télescope Subaru semblaient confirmer l'hypothèse : une photométrie de très haute précision (mesure de l'éclat) de millions d'étoiles a révélé 12 brèves éruptions. On les a attribuées à un microlentillage gravitationnel : un trou noir passant, telle une loupe, amplifiait un instant la lumière d'une étoile d'arrière-plan.
Mais en réanalysant les données, on a remarqué que les éruptions n'étaient pas symétriques et se répétaient parfois. Il s'est avéré que ce n'étaient pas des lentilles, mais des étoiles-phares dont la luminosité varie de façon rythmique. Dix objets sont de type RR Lyrae : ils pulsent avec une période de moins d'un jour, comme un phare lointain. Un autre est une paire à éclipses, où deux étoiles se masquent tour à tour. Le dernier reste une énigme. Aucun trou noir dans la matière noire. Cette affaire rappelle que même les théories les plus élégantes exigent une vérification rigoureuse : il est facile de prendre le scintillement d'un phare pour un signal venu des abysses.
Les pulsations des étoiles de type RR Lyrae sont si stables qu'on les utilise comme des phares cosmiques pour mesurer des distances avec une précision de quelques pour cent.