Sous nos pieds, dans l'épaisseur de la planète, se déroule une lente désintégration d'éléments radioactifs. Elle engendre de minuscules particules : les géoneutrinos. Elles traversent la croûte terrestre, le manteau et le noyau sans presque interagir avec la matière. Mais si l'on parvient à en capturer ne serait-ce que quelques-unes, on peut apprendre de quoi sont faits exactement les entrailles de la Terre — quelle quantité de potassium, d'uranium ou de thorium s'y trouve. C'est comme écouter un murmure venu des profondeurs.
Les détecteurs classiques attrapent les géoneutrinos, mais ignorent d'où ils viennent. La nouvelle approche utilise un liquide qui, lorsqu'une particule le frappe, émet un faible éclair de lumière. La forme de cet éclair permet de reconstituer la direction de la particule. Ainsi, le détecteur devient une sorte de caméra braquée vers l'intérieur de la Terre. Le principal obstacle : les neutrinos solaires, des milliers de fois plus nombreux. On les élimine en écartant les événements provenant de la direction du Soleil.
Si l'on veut dresser une carte — comprendre comment les sources de chaleur sont réparties à l'intérieur de la Terre — il faudra encore plus de patience. Pour distinguer une lueur uniforme des entrailles d'une image tachetée, plus de 27 000 tonnes-années sont nécessaires. Mais c'est précisément une telle carte qui racontera comment la planète s'est refroidie pendant des milliards d'années et pourquoi elle reste encore chaude.
Les géoneutrinos naissent principalement de la désintégration du potassium-40, de l'uranium-238 et du thorium-232 — ces mêmes éléments qui réchauffent notre planète de l'intérieur depuis 4,5 milliards d'années.
Dans le roman d'Arthur C. Clarke « Rendez-vous avec Rama », un vaisseau extraterrestre est exploré de l'intérieur ; ici, l'humanité apprend à « radiographier » sa propre planète sans la percer.