Une roche, arrachée d'une planète par l'impact d'un astéroïde, traverse l'espace et tombe sur une autre. Si des spores de microbes se cachent à l'intérieur, elles peuvent survivre au froid, aux radiations et à un atterrissage brutal. Voilà à quoi ressemble la panspermie — l'idée que la vie voyage entre les mondes. Mais une chose est d'imaginer un tel voyage, une autre est de calculer chacune de ses étapes.
Les auteurs de la nouvelle étude ont réuni toutes les étapes dans un seul modèle mathématique : de l'éjection de la roche depuis la planète donneuse jusqu'à la survie des microbes après la chute. Il s'avère que les conditions les plus clémentes sont celles de Mars primitive. Elle était chaude et humide, avec une faible gravité, et ses roches atteignaient effectivement la Terre. De plus, de rares trajets rapides de quelques centaines ou milliers d'années donnent aux microbes une chance de survivre à l'abri de la roche.
Mais au-delà du système solaire, la panspermie ne fonctionne pas. Pour qu'une roche d'un autre système stellaire soit capturée en douceur par la Terre, il faut une vitesse très faible, et même les spores les plus résistantes ne peuvent pas survivre à des millions d'années de voyage. Même en tenant compte de la naissance du Soleil dans un amas stellaire, le nombre attendu d'événements de panspermie est de fractions infimes d'unité. Par conséquent, l'origine terrestre de la vie reste l'explication la plus fiable, et la panspermie « douce » — l'apport de simples ingrédients chimiques, et non de microbes prêts à l'emploi — semble bien plus plausible.
On trouve encore aujourd'hui des météorites martiennes sur Terre : elles sont éjectées de la planète rouge par des impacts d'astéroïdes, et certaines roches mettent seulement quelques millions d'années pour nous parvenir.
Dans le roman « Aurora » de Kim Stanley Robinson, des humains envoient un vaisseau avec des embryons congelés vers une autre étoile — mais la panspermie interstellaire, comme on le découvre, se heurte aux mêmes délais mortels et aux mêmes radiations.