Deux fines couches de semi-conducteur ont été tournées l'une par rapport à l'autre de 2,29 degrés — comme deux feuilles de papier transparent sur lesquelles on aurait dessiné des grilles. Là où les lignes coïncident presque, un grand motif de taches sombres et claires apparaît. Les électrons dans ce motif se comportent très différemment de ceux d'un cristal ordinaire.
À demi-remplissage de cette seconde « super-réseau » (une structure régulière à grande période), les électrons restent généralement bloqués : chacun craint de prendre la place où un voisin est déjà assis. C'est un isolant de Mott — une substance qui devrait être conductrice mais qui devient diélectrique à cause de la répulsion mutuelle des particules. Cependant, les auteurs de l'étude ont observé que sur les bords de l'échantillon, le courant circule librement et la résistance reste presque constante — environ 12,9 kiloohms. Cette valeur correspond à celle donnée par des électrons individuels dans l'effet Hall quantique de spin, où deux canaux avec des spins opposés courent le long du bord.
Les électrons dans ces canaux se déplacent strictement dans une seule direction — comme des voitures sur un rond-point sans trafic en sens inverse. Si l'on essaie de mesurer le courant non pas directement, mais un peu à côté, le signal apparaît quand même : c'est un signe que les porteurs de charge contournent les obstacles par les bords, sans pénétrer à l'intérieur. Le champ magnétique, dirigé le long du plan des couches, renforçait la conductivité — une preuve supplémentaire que le courant est transporté par des états de bord polarisés en spin.
La dépendance en température de la résistance de Hall a indiqué une énergie caractéristique d'environ 1 milliélectronvolt (environ 10 kelvins). C'est cent fois moins que l'énergie du mouvement thermique à température ambiante. Cela signifie que pour faire fonctionner de tels dispositifs, il faut un refroidissement profond, mais l'idée elle-même — combiner de fortes corrélations et une protection topologique — pourrait conduire à la création de canaux conducteurs qui ne craignent ni le désordre ni les champs magnétiques.
La rotation de deux couches d'un « angle magique » modifie les propriétés du matériau plus fortement qu'un changement de composition chimique. À 2,29 degrés, les électrons se déplacent si lentement que leur répulsion mutuelle devient la force dominante.