Créer un alliage à partir de plusieurs métaux, c'est un peu comme cuisiner une soupe avec des ingrédients inconnus : deviner la texture finale sans goûter est presque impossible. Les modèles standards se trompent souvent lorsque plus de trois types d'atomes sont en jeu. La nouvelle méthode remplace des expériences interminables par un calcul : plus on teste de configurations atomiques, plus l'entropie informationnelle augmente — c'est une mesure de l'exploration de l'espace des « recettes ». Un réseau de neurones, entraîné sur des exemples comme un dégustateur expérimenté, évalue rapidement des millions de combinaisons, et une astuce « alchimique » permet de remplacer mentalement un élément par un autre en plein calcul.
Quand l'entropie cesse de croître, la recherche s'arrête : toutes les configurations raisonnables ont été explorées. On peut ainsi prédire la structure même pour des mélanges à cinq composants comme l'alliage de Cantor (aluminium-chrome-fer-nickel-cobalt). Même l'acier, qui n'est qu'un alliage de fer et de carbone, paraît fade à côté de ce cocktail atomique. Étonnamment, les mêmes mathématiques qui ont permis de compresser une conversation téléphonique en bits ouvrent maintenant la voie à des matériaux ultra-résistants pour l'aviation.
L'entropie est née des débats sur la chaleur grâce à Ludwig Boltzmann, et sa sœur informationnelle calcule désormais non seulement le volume des messages, mais aussi l'« empilement » probable des atomes dans un alliage.
Dans la série « The Expanse », on voit des alliages incroyablement résistants — la méthode décrite rapproche le jour où de tels matériaux seront créés non pas à l'intuition, mais par le calcul.