L'espace ressemble à une feuille de papier : la gravité le creuse, faisant converger les lignes vers le centre. Mais si on plie trop fort, le papier se déchire — de même, l'espace, sous une courbure monstrueuse, ne s'effondre pas en un point, mais forme un bord déchiqueté. Ce bord, c'est la frontière quantique. Elle naît du fait qu'à des distances infimes, où se rejoignent les idées de Richard Feynman sur la multiplicité des chemins et celles de Max Planck sur les paquets d'énergie, la trame même de la réalité cesse d'être lisse. Un trou noir comprime la matière, mais les garde-fous quantiques l'empêchent de disparaître dans un point infiniment petit. Pour un trou noir de la masse du Soleil, cette barrière se situe à un rayon d'environ 10⁻²² mètre — pas zéro, mais une taille finie.
Ainsi, la courbure de l'espace-temps à la limite ne débouche pas sur une singularité, mais sur une fin tranquille de la géométrie familière. Pas de dimensions supplémentaires — seulement la physique connue, poussée jusqu'à son aboutissement logique.
Pour un trou noir de la masse du Soleil, le rayon de la frontière quantique est d'environ 10⁻²² m, soit dix fois la longueur de Planck — la plus petite taille qui ait un sens.
L'idée d'une frontière quantique au lieu d'un point de compression infinie fait écho au film « Interstellar », où l'on découvre à l'intérieur d'un trou noir quelque chose de plus qu'une singularité.