Un trou noir est un endroit où les règles habituelles volent en éclats. En son centre, selon la physique classique, se cache une singularité : un point de densité infinie vers lequel tout ce qui y tombe est attiré. La théorie quantique devait adoucir ce tableau. Beaucoup espéraient que les effets quantiques estomperaient la singularité, comme les vagues effacent un dessin sur le sable. Les nouveaux travaux montrent qu'à l'intérieur d'un trou de Schwarzschild, c'est tout le contraire.
Pour la première fois, les auteurs ont calculé l'ensemble complet des contraintes quantiques — le tenseur énergie-impulsion (une grandeur décrivant la pression et la densité d'énergie) — pour un champ scalaire sans masse dans tout l'intérieur du trou noir. Ils ont considéré deux états quantiques : l'un décrit un trou qui s'évapore dans l'espace vide, l'autre un trou en équilibre thermique avec son environnement. Pour les calculs, ils ont utilisé une astucieuse technique de « décomposition angulaire » et une soustraction de haute précision afin de contourner les infinis. Le résultat a été vérifié à l'aide des lois de conservation et de l'identité de trace — tout concordait.
Qu'est-ce que cela signifie pour le sort d'un observateur en chute libre ? La pression quantique près de la singularité croît proportionnellement à (r/M)⁻⁶, où r est la distance au centre et M la masse du trou. Pour le dire simplement : lorsque l'on s'approche de la singularité en divisant la distance par deux, la contrainte bondit d'un facteur 64. C'est une amplification terriblement rapide. Mais le plus surprenant, c'est que cette pression ne repousse pas, elle focalise. Elle viole la « condition d'énergie forte », mais satisfait la « condition d'énergie nulle ». Dans les équations de la gravitation, une telle source agit comme une lentille supplémentaire qui concentre la matière en un point. Le monde quantique ne s'oppose pas à l'effondrement — il l'aide.
Ainsi s'effondre l'espoir d'un « trampoline quantique » qui renverrait doucement la matière en arrière. Au lieu de cela, nous voyons une presse quantique qui comprime l'espace encore plus fort. Cependant, la conclusion finale nécessitera de prendre en compte la rétroaction de cette pression sur la géométrie elle-même — une tâche qui reste à accomplir.
Si l'on comprimait un trou noir de la masse du Soleil à la taille d'une grande ville, les contraintes quantiques près de son centre croîtraient des milliards de fois en un milliardième de seconde.
Dans le roman « Blindsight » de Peter Watts, l'équipage d'un vaisseau est confronté à un esprit inconnaissable caché dans un trou noir — comme si la singularité elle-même acquérait une volonté.