Deux toupies tournent si près l'une de l'autre qu'elles se frôlent presque. L'une est d'un bleu incandescent, l'autre d'un blanc terne. Ensemble, elles font un tour complet en vingt heures. C'est la paire Feige 64 : une étoile bleue d'un tiers de la masse du Soleil et une naine blanche — le noyau refroidi d'une ancienne étoile — une fois et demie plus lourde que notre astre.
L'étoile bleue semble trop chaude pour sa masse. Sa température est de quinze mille cinq cents degrés, comme le filament le plus incandescent d'une lampe. Et elle brille quarante fois plus que le Soleil. Une étoile ordinaire de cette masse se serait éteinte depuis longtemps, mais celle-ci continue de brûler. Le secret ? Elle ne brûle pas de l'hydrogène dans son noyau, mais de l'hélium dans une fine coquille autour de celui-ci.
Comment cela s'est-il produit ? À l'origine, le système comptait deux étoiles. La plus massive a gonflé et a transféré sa matière à sa voisine. Celle-ci a à son tour gonflé, enveloppant les deux étoiles d'une enveloppe de gaz commune. La friction à l'intérieur de cette enveloppe a fait spiraler les étoiles l'une vers l'autre, tandis que l'enveloppe se dissipait. Au final, il reste une étoile bleue nue et une naine blanche.
Cette paire est une preuve directe que les étoiles bleues de la branche horizontale peuvent naître non pas seules, mais dans des systèmes binaires. Auparavant, on ne faisait que le supposer. Désormais, on voit comment une étoile « déshabille » l'autre et la fait briller plus que ne le permettrait sa masse.
La naine blanche de cette paire est plus lourde que le Soleil, mais de la taille de la Terre. Une cuillère à café de sa matière pèserait autant que plusieurs éléphants.
Dans le roman « Solaris » de Stanislas Lem, la planète-océan orbite autour d'une étoile double — un soleil rouge et un soleil bleu. Ici, l'étoile bleue et la naine blanche tournent si près l'une de l'autre que, depuis une planète qui s'y trouverait, le ciel ressemblerait à deux disques éblouissants.