Se perdre dans une salle des glaces est un jeu d'enfant : chaque mur reflète l'autre, et l'on croit être déjà passé par là. C'est à peu près ce qui se passe dans le cerveau lorsqu'il y a beaucoup d'endroits similaires autour de soi. Les neurones chargés de la carte spatiale peuvent envoyer le même signal pour deux coins différents d'une pièce. C'est ce qu'on appelle l'ambiguïté spatiale.
D'habitude, le cerveau s'appuie sur les limites — murs, coins, objets volumineux. Mais dans une pièce symétrique, les limites n'aident pas : tous les coins se ressemblent. Des chercheurs ont ajouté à un modèle de navigation les signaux des cellules de grille. Ces neurones fonctionnent comme une grille de coordonnées interne : ils quadrillent l'espace en un réseau hexagonal, indépendamment de ce que voit l'œil. La grille se superpose à la pièce comme un papier millimétré imaginaire, et chaque nœud reçoit sa propre adresse.
Dans trois environnements — un espace ouvert, une pièce avec un obstacle en croix et un labyrinthe — l'ajout des cellules de grille a réduit l'ambiguïté de 94 à 99 %. Le plus grand gain a été observé dans l'environnement le plus symétrique. Il s'avère que les cellules de grille fournissent au cerveau un indice indépendant : même si les yeux voient la même chose, la grille interne indique où l'on se trouve.
Ainsi, le cerveau ne se fie pas uniquement aux repères extérieurs. La grille de coordonnées interne aide à distinguer deux salles identiques dans un labyrinthe de miroirs — comme un marquage invisible sur le sol, que les reflets n'effacent pas.
Les cellules de grille forment un réseau de triangles équilatéraux. Même dans l'obscurité totale, elles continuent de quadriller l'espace, car elles ne dépendent pas de la vision.