Le temps est une route à sens unique : les événements filent vers l'avant sans possibilité de faire demi-tour. C'est l'entropie qui tient le volant — cette mesure du désordre qui ne fait qu'augmenter dans l'Univers, comme les embouteillages aux heures de pointe. On peut dégager un carrefour, mais le bouchon global ne fera que s'épaissir.
Même les « raccourcis » les plus audacieux — les trous noirs et les trous de ver dans la courbure de l'espace-temps — ne permettent pas de prendre la voie en sens inverse. Des scientifiques ont appliqué une méthode de comptabilité globale de l'entropie (Global Entropy Transport) et ont démontré que ces objets ne font que transférer le désordre d'une poche à une autre, comme si l'on rangeait localement une armoire, mais que le chaos global de l'Univers continue inexorablement de croître.
Le résultat est saisissant : l'entropie d'un trou noir typique est des milliards de fois plus grande que celle d'une étoile ordinaire — ces monstres sont de véritables entrepôts de désordre. La flèche du temps est aussi dure que le bitume : même les trous de ver les plus fantastiques ne la feront pas montrer le chemin du passé.
L'entropie d'un trou noir dépend de la surface de son horizon des événements, et non de son volume — cette découverte de Jacob Bekenstein a donné naissance à l'idée d'un univers holographique.
Dans le roman de Greg Egan, « L'Échelle de Schild », les héros tentent de tromper la thermodynamique, mais la flèche du temps reste inexorable.