L'eau lourde – celle où l'hydrogène ordinaire est remplacé par son cousin plus massif, le deutérium – a été soumise à un courant électrique. Sur la cathode se déposait du palladium, et dans ce modeste bain électrochimique, les détecteurs ont, à plusieurs reprises, remarqué quelque chose d'inattendu : des traces de neutrons lents.
Les détecteurs étaient de deux sortes. Les premiers sont recouverts d'une couche de bore : quand un neutron lent frappe ce revêtement, des fragments chargés naissent, qui laissent une trace visible dans le plastique. Les seconds sont identiques, mais sans bore ; ils ne voient pas les neutrons lents et n'indiquent que le bruit de fond des autres particules. La différence entre les lectures des deux détecteurs constitue le signal recherché.
Dans les expériences avec l'eau lourde et un champ magnétique de 0,25 tesla, cette différence était nette. Elle correspondait à un flux d'environ 6,7 neutrons par centimètre carré par seconde – comme si plusieurs particules invisibles tombaient sur votre paume chaque seconde. Lorsque le champ a été retiré, la différence a chuté d'un facteur six. Et dans une expérience identique avec de l'eau ordinaire, aucun signal n'est apparu.
Les auteurs ne se précipitent pas vers des explications. Ils rapportent simplement : il existe un signal reproductible qui se comporte comme des neutrons lents. Et ils proposent un protocole – comment mener ces expériences pour distinguer un effet réel d'un hasard. Pour la physique des systèmes métal-deutérium, ce n'est pas une réponse, mais un sentier soigneusement balisé vers de futures questions.
Le bore-10 est l'un des meilleurs absorbeurs de neutrons lents : c'est pourquoi on l'utilise aussi bien dans les détecteurs que dans les barres de contrôle des réacteurs nucléaires.