Un cube de tantalate de potassium se comporte comme un diélectrique ordinaire : il ne stocke pas le champ électrique. Mais si l'on fait croître ce matériau en fine pellicule sur un substrat d'un autre cristal, tout change.
Les réseaux cristallins de la pellicule et du substrat ne correspondent pas en taille, et la pellicule doit s'adapter — elle se comprime de 2,1 pour cent. Cette compression étire la forme cubique de la maille, et une direction polaire apparaît dans le matériau : le plus et le moins se séparent d'eux-mêmes, sans champ externe. On obtient ainsi un ferroélectrique.
Les expériences ont montré : plus la pellicule est comprimée, plus la température de transition est élevée et plus la charge qu'elle peut retenir est grande. Cela signifie que les propriétés peuvent être réglées à l'avance, simplement en choisissant le substrat.
Au microscope, on voit les atomes de potassium et de tantale se déplacer dans des directions opposées — c'est cela, la polarisation. Et les mesures électriques ont confirmé : la pellicule mémorise la direction du champ, comme une bonne batterie que l'on peut inverser.
Les ferroélectriques sont utilisés dans les puces mémoire : ils retiennent l'état sans alimentation constante, comme une bande magnétique, mais plus rapidement.
Dans la série « The Expanse », des matériaux aux propriétés ajustables permettent de construire des vaisseaux qui résistent aux surcharges — un peu comme ici la compression modifie le comportement du cristal.