Un faisceau de particules chargées ressemble à un jet d'eau sortant d'un tuyau : il peut être étroit ou diffus, régulier ou incurvé. Pour savoir précisément où vont les particules, il faut un écran sensible. Dans l'expérience WISArD sur l'accélérateur ISOLDE au CERN, cet écran est un détecteur compact à base de galettes de microcanaux.
L'appareil, de la taille d'une paume, est placé dans un champ magnétique de 4 teslas — soit des centaines de milliers de fois plus intense que le champ terrestre. L'aimant courbe les trajectoires des particules, et les instruments de mesure classiques se mettent à mentir dans ces conditions. Le nouveau détecteur, lui, ne craint pas le champ : il enregistre le point d'impact de chaque ion avec une précision de quelques fractions de millimètre. Pour cela, il a fallu corriger les distorsions dues à la forme carrée de l'anode sensible — comme si une photo posée sur un coussin s'étirait dans les coins.
Pourquoi une telle précision ? Dans WISArD, on étudie la désintégration bêta des noyaux d'argon-32 — une façon de sonder l'interaction faible, qui régit les transformations des particules. En analysant la forme du faisceau, les scientifiques reconstituent l'angle selon lequel l'électron et le neutrino s'éloignent après la désintégration. Si cet angle diffère ne serait-ce que légèrement de la prédiction, cela signifie que de nouvelles forces, non décrites par le modèle standard, entrent en jeu. Le nouveau détecteur permettra de mesurer cet angle avec une incertitude de 0,1 % — assez pour remarquer même un faible indice de nouvelle physique.
Le champ magnétique de 4 teslas ne gêne pas l'appareil, il l'aide : il sépare les particules d'énergies différentes, et le point d'impact renseigne sur leur impulsion. C'est comme un jet d'eau qui, en frappant une grille, se divise en gouttes distinctes.
Les galettes de microcanaux ont été inventées pour les dispositifs de vision nocturne : elles amplifient la lumière faible, transformant un photon en cascade d'électrons. Aujourd'hui, ces mêmes galettes capturent des ions isolés dans les accélérateurs.
Dans le roman « Blindness » de Peter Watts, l'équipage du vaisseau utilise des détecteurs de particules pour étudier un artefact extraterrestre sans s'en approcher — une approche similaire à la mesure à distance des faisceaux dans WISArD.