Tous les deux ou trois ans, le courant chaud au large du Pérou se déplace, et les pêcheurs se retrouvent sans prise. C'est El Niño, le souffle de l'océan Pacifique tropical, qui influence la météo de l'Indonésie à la Californie. Prédire son apparition est aussi difficile que de prédire où roulera une pierre jetée dans une rivière tumultueuse.
Les scientifiques construisent des modèles simplifiés de ces systèmes turbulents, car calculer chaque goutte de l'océan est impossible. Les réseaux de neurones apprennent bien à partir des données : ils voient des mois d'observations et apprennent les régularités. Mais il y a un piège. Un réseau de neurones ordinaire peut reproduire les caractéristiques moyennes, mais sous une poussée externe, par exemple un changement de l'activité solaire, il peut se mettre à osciller comme une balançoire que quelqu'un pousse à contretemps. Il n'est pas obligé de conserver l'énergie, car il ne connaît pas la physique.
Mais comment vérifier que le modèle réagira correctement à une perturbation s'il n'a été entraîné que sur des données calmes ? Les auteurs utilisent le théorème de fluctuation-dissipation, qui relie les fluctuations spontanées à la réponse à une sollicitation externe. C'est comme apprendre à quel point une cloche sonnera si on la frappe, en observant comment elle tremble sous les rafales de vent aléatoires.
La méthode a été testée sur des modèles idéalisés de turbulence, puis appliquée à des données réelles du système climatique tropical. Le modèle à 20 variables a reproduit la distribution non gaussienne d'El Niño et son spectre avec un pic dans la gamme de 2 à 5 ans. De plus, il a pu générer un événement extrême comparable à l'El Niño record de 1997/1998, alors que dans les données d'entraînement, un tel événement n'apparaissait qu'une seule fois.
Le gyroscope à l'intérieur du réseau empêche le modèle de se balancer. Il le maintient dans le cadre de la physique, et ainsi on peut interroger le modèle sur ce qui n'était pas dans les données : comment le climat réagirait-il à une impulsion inattendue ? Auparavant, on posait ces questions avec prudence, car les modèles pouvaient donner des réponses absurdes. Maintenant, nous avons un moyen de construire des versions simplifiées fiables de l'océan et de l'atmosphère, qui non seulement se souviennent du passé, mais répondent honnêtement sur l'avenir.
Le modèle a pu générer un événement extrême El Niño comparable à celui de 1997/1998, alors que dans les données d'entraînement, un tel événement n'apparaissait qu'une seule fois.
L'idée de prédire la réponse d'un système complexe à une intervention sans l'intervention elle-même évoque la « psychohistoire » du cycle de Foundation d'Isaac Asimov, où l'avenir de grandes masses humaines était calculé selon des lois statistiques.