Une caméra qui ne capture pas la lumière mais un flux d'électrons réfléchis par un cristal, c'est un détecteur hybride à pixels. Il sait compter chaque électron qui l'atteint, en ne générant presque aucun bruit propre. En mode normal, lorsque le faisceau d'électrons s'écoule en continu, le détecteur fonctionne parfaitement. Mais si les électrons arrivent par salves ultracourtes, un milliard d'entre eux en une millionième de seconde, le détecteur commence à « s'étouffer » : deux électrons arrivant dans un même pixel presque simultanément sont comptés comme un seul.
Dans cette nouvelle étude, les physiciens ont mesuré l'ampleur des pertes de comptage lors de salves électroniques ultracourtes. Il s'avère que les pertes sont bien plus graves qu'avec un faisceau continu : dès deux électrons par pixel en une seule impulsion, le détecteur ne distingue plus les particules individuelles. Cela impose une limite stricte sur le nombre d'électrons que l'on peut envoyer sur un échantillon en un seul tir, surtout lorsqu'on étudie un monocristal — un matériau où les atomes sont disposés en un réseau parfait.
Pour ne pas perdre d'information, les scientifiques ont développé des méthodes de normalisation particulières — des façons de « soustraire » les distorsions des données obtenues, en sachant comment le détecteur se trompe. Ils ont également construit un modèle complet des erreurs, qui permet d'évaluer la fiabilité de chaque pixel de l'image. Ces techniques ont été testées sur un grand ensemble de données expérimentales. Au final, même en cas de saturation du détecteur, il est possible de reconstituer l'image du mouvement des atomes avec une bonne précision.
Ce travail est important pour la spectroscopie des processus ultrarapides : il permet de plonger dans un monde où les molécules changent de forme en quelques milliardièmes de seconde. Si le détecteur apprend à ne plus « s'aveugler » face aux éclairs électroniques intenses, nous pourrons filmer la rupture et la formation des liaisons chimiques, les vibrations des atomes dans le réseau et la réaction des matériaux à un impact de lumière.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2602.17396
Ultrafast electron diffraction and phonon-diffuse scattering [UED(S)] experiments make use of photo-induced changes to electron scattering intensity across 2D detectors to report on a very wide range of dynamic structural phenomena in molecules and materials. Hybrid pixel counting detectors (HPCDs) are a promising technology for improved sensitivity and signal-to-noise in UED(S) experiments, as they offer near-zero readout noise and dark counts with the possibility of new acquisition modalities (e.g., shot-to-shot normalization) due to their high frame rates. However, it is well known that HPCDs suffer from count losses at high electron fluxes even in CW beam applications. How this translates to ultrashort electron pulse exposures has yet to be determined and is critical to understanding the application of this technology to ultrafast electron scattering experiments. Here we show that count losses are significantly exacerbated in ultrafast (pulsed) experiments and that HPCDs require unconventional data handling and saturate above $$\approx\!2$$ electrons per pixel per pulse. This count-rate limitation presents a severe constraint on electron bunch charge when interrogating single crystal samples. Normalization strategies to optimize signal-to-noise in UED(S) and a complete model for measurement uncertainties using HPCDs are developed and tested using a large dataset. Finally, we suggest ways HPCDs could be better adapted to ultrashort pulsed beam experiments.
Les détecteurs hybrides à pixels dont il est question ici ont été initialement conçus pour le Grand collisionneur de hadrons, afin de capturer les traces de particules sous d'énormes flux de données. Aujourd'hui, ils aident à réaliser des « films » ultrarapides du mouvement des atomes.