Si l'on comprime une plaque avec des cellules en accordéon, une onde de pli la parcourt — comme un pli qui se propage sur un tapis quand on le pousse du pied. Ces ondes savent faire basculer le matériau entre deux formes stables, et c'est sur ce principe que l'on construit la mémoire mécanique. Mais si un pied de table se trouve sur le chemin du pli, celui-ci se coince. Dans cette nouvelle étude, les auteurs montrent comment le débloquer sans recourir à la force brute.
Le pli coincé possède une fréquence propre d'oscillation qui se situe dans la bande interdite — la gamme de fréquences où le son ne se propage pas dans le matériau. Si l'on envoie depuis les bords deux ondes sonores de fréquences proches, leur battement (lente augmentation et diminution de l'amplitude) coïncide exactement avec cette fréquence propre. L'énergie est transférée au pli, qui se met à osciller et saute par-dessus le défaut.
Cette méthode ne nécessite ni actionneurs locaux ni grandes déformations. Il suffit de connecter au matériau une paire de vibrateurs et de régler leurs fréquences. Cela ouvre la voie à une mémoire mécanique extensible : les cellules peuvent être commutées par le son, sans avoir à les toucher individuellement. Et cette mémoire ne craint ni les chocs ni la poussière — contrairement à l'électronique.
Le battement de deux ondes sonores est le même phénomène que l'on entend lorsque deux diapasons de fréquences légèrement différentes sonnent ensemble : le volume augmente puis diminue. Ici, ce battement agit comme une main invisible qui pousse le pli coincé.