La lumière qui voyage vers nous depuis près de 14 milliards d'années est comme une vieille photographie dont les détails apparaissent avec un développement soigneux. Le rayonnement fossile (luminescence résiduelle du Big Bang) conserve l'empreinte des premiers instants de l'Univers, mais son signal est faible et déformé. Pour discerner les motifs subtils de polarisation — la direction d'oscillation de l'onde lumineuse — il faut des instruments hypersensibles.
Les télescopes ordinaires mettent des années à scanner tout le ciel. Les nouveaux spectromètres supraconducteurs, de la taille d'un timbre-poste, fonctionnent à des températures plus basses que celles de l'espace interstellaire et capturent la lumière sans bruit parasite. Les ingénieurs ont ajouté sur la puce des pistes croisées qui séparent le signal selon la polarisation, comme un aiguillage dirige les trains sur différentes voies. Une couche de diélectrique — un matériau non conducteur — a permis de régler plus précisément chaque détecteur sur la fréquence souhaitée.
Après avoir éliminé les courts-circuits aléatoires dans les lignes, on a pu assembler une matrice de quatorze pixels-spectromètres indépendants. C'est le premier prototype fonctionnel, prêt pour les essais sur le terrain. Si tout se passe bien, les astronomes pourront rapidement dresser des cartes du rayonnement fossile et les comparer aux cartes du fond infrarouge — la lumière des galaxies lointaines. Une telle comparaison montrera comment les amas de galaxies ont grandi et évolué au cours des 10 derniers milliards d'années, et vérifiera si l'Univers s'est réellement dilaté plus vite que la lumière dans les premières fractions de seconde.
Les détecteurs supraconducteurs sont si sensibles qu'ils peuvent repérer un photon unique — comme si l'on entendait tomber un grain de sable du sommet de la tour Eiffel.