La Terre, dans sa jeunesse, ressemblait à une ruche : elle grandissait en agrégeant d'innombrables blocs de pierre. Une fois la construction principale achevée, un essaim tardif de météorites s'est abattu sur la jeune planète – ce qu'on appelle le grand bombardement tardif. Ces impacts, pensait-on, ont apporté dans les couches supérieures de la Terre du platine, de l'or et d'autres métaux rares. C'est leur excès dans le manteau qui a longtemps servi de preuve : voilà les traces des visiteurs cosmiques.
Mais une nouvelle étude bouleverse ce tableau. Les auteurs ont suivi le destin des gouttelettes métalliques issues de l'impact d'une météorite. Une goutte de miel tombée dans un verre d'eau coule rapidement au fond. De même, le fer liquide d'un gros corps traverse le manteau et rejoint le noyau terrestre. Pour des corps de plus d'un kilomètre de diamètre, le métal disparaît presque entièrement du manteau. Les grosses météorites n'ont donc pas pu laisser de trace notable.
Pour apporter la quantité nécessaire de métaux rares par de petits corps, il faudrait supposer un nombre invraisemblable de gros corps – dont le métal se serait justement perdu dans le noyau. Contradiction : la richesse observée du manteau ne colle pas avec l'image simple du grand bombardement tardif. Pour sortir de l'impasse, il faut soit que les gros corps se soient fragmentés en débris plus petits qu'un centième de millimètre, soit que la Terre ait reçu davantage de matériau oxydé, semblable aux météorites carbonées.
Ce paradoxe pousse à réfléchir : peut-être que le grand bombardement tardif n'était pas tel que nous l'imaginions. La composition et la taille des corps tombés ont pu être différentes, et l'histoire de la croissance de la Terre attend encore ses détectives.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2603.17961
The excess abundance of highly siderophile elements (HSEs), as inferred for the terrestrial planets and the Moon, is thought to record a `late veneer' of impacts after the giant impact phase of planet formation. Estimates for total mass accretion during this period typically assume all HSEs delivered remain entrained in the mantle. Here, we present an analytical discussion of the fate of liquid metal diapirs in both a magma pond and a solid mantle, and show that metals from impactors larger than approximately 1 km will sink to Earth's core, leaving no HSE signature in the mantle. However, by considering a collisional size distribution, we show that to deliver sufficient mass in small impactors to account for Earth's HSEs, there will be an implausibly large mass delivered by larger bodies, the metallic fraction of which lost to Earth's core. There is therefore a contradiction between observed concentrations of HSEs, the geodynamics of metal entrainment, and estimates of total mass accretion during the late veneer. To resolve this paradox, and avoid such a mass accretion catastrophe, our results suggest that large impactors must contribute to observed HSE signatures. For these HSEs to be entrained in the mantle, either some mechanism(s) must efficiently disrupt impactor core material into $$\leq0.01$$ mm fragments, or alternatively Earth accreted a significant mass fraction of oxidised (carbonaceous chondrite-like) material during the late veneer. Estimates of total mass accretion accordingly remain unconstrained, given uncertainty in both the efficiency of impactor core fragmentation, and the chemical composition of the late veneer.
Si l'on rassemblait tout le platine, l'or et les autres métaux rares du manteau terrestre, on obtiendrait une couche d'environ 5 mètres d'épaisseur – mais même son origine est désormais remise en question.