Lorsqu'un faisceau d'ions carbone pénètre dans le corps, il ne libère pas son énergie immédiatement, mais au bout de son trajet, comme un coureur qui donne tout sur la ligne d'arrivée. Les médecins doivent connaître ce point d'arrivée pour ne pas endommager les tissus sains. Mais comment voir à l'intérieur du corps sans incision ? La physique elle-même nous donne la réponse : lors de la collision des ions avec les noyaux atomiques, de brefs éclairs de rayonnement gamma sont émis.
L'idée est simple : si l'on mesure le moment où l'ion entre et le moment où l'éclair gamma arrive, la différence de temps nous indique à quelle profondeur la collision a eu lieu. C'est comme un écho dans les montagnes : le délai du son permet de savoir à quelle distance se trouve la paroi rocheuse. Les scientifiques ont testé cette méthode pour la première fois sur un faisceau d'ions carbone au centre italien CNAO. Ils ont irradié une cible en plastique de 30 centimètres d'épaisseur et capté les rayons gamma avec un détecteur placé sur le côté du faisceau.
Les expériences à trois énergies de faisceau différentes ont montré que le calcul et la réalité concordent presque parfaitement. Pour l'énergie la plus basse, aucun écart n'a été observé ; pour l'énergie moyenne, moins d'un pour cent ; pour la plus élevée, jusqu'à huit pour cent dans le pire des cas. De plus, le signal s'est avéré propre : il s'agit principalement de photons gamma, et non de neutrons parasites ou de fragments nucléaires. La méthode est donc fiable.
Pourquoi est-ce important ? Aujourd'hui, lors des traitements par faisceau de particules, les médecins s'appuient sur des calculs, mais le corps du patient n'est pas parfaitement homogène, et le faisceau peut s'arrêter un peu plus tôt ou plus tard. Si l'on parvient à suivre la profondeur en temps réel, le traitement deviendra plus précis et plus sûr. Pour l'instant, il s'agit d'une expérience de laboratoire, mais elle prouve que l'écho des éclairs gamma pourrait devenir une boussole fiable pour la radiothérapie.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2604.16131
Prompt Gamma Timing (PGT) is a promising technique for in vivo range verification in particle therapy, exploiting the time-of-flight between primary particles and prompt gamma rays emitted by nuclear interactions. PGT distribution is highly sensitive to beam energy and target density, which, under controlled detector positioning, enables real-time monitoring of particle range, detection of morphological changes, and support for adaptive treatment strategies. This study investigates for the first time the application of PGT in carbon ion therapy. Measurements were performed using a dedicated detection system composed of a silicon strip sensor for primary ion timing and a LaBr3(Ce) read out by a SiPM for secondary radiation. Carbon ion beams with energies of 166.41, 268.86, and 398.84 MeV/u irradiated a homogeneous 30.0 cm PMMA target at CNAO. The secondary radiation detector was positioned at four off-beam positions to assess the robustness of the PGT technique. Simulations based on Geant4 were conducted for all configurations to evaluate agreement and predictive capability. A bin-by-bin comparison of experimental and simulated PGT intensities demonstrated strong agreement within the 95% confidence interval, with no incompatible bins at 166.41 MeV/u, at most 1% at 268.86 MeV/u, and up to 8% at 398.84 MeV/u, depending on detector position. Photons were identified as the dominant contribution to the detected signals, particularly for detector positions upstream with respect to the primary particle beam, minimizing signal contamination from neutrons and charged fragments. The validated experimental-simulation framework confirms the capability of the proposed PGT system to resolve energy-dependent differences and highlights its potential for detecting clinically relevant changes in the particle beam range, supporting further development toward real-time monitoring in carbon ion therapy.
Les éclairs gamma produits lors de l'irradiation par carbone surviennent en quelques milliardièmes de seconde après l'impact de l'ion, plus vite qu'un clin d'œil.