Les physiciens tentent d'entendre un murmure dans une pièce bruyante. Ils construisent une cabine insonorisée, mais même là, leur propre respiration et les battements de leur cœur créent des interférences. C'est à peu près ainsi que l'on cherche des signes de gravité quantique : on veut voir comment la force de gravité lie deux particules en un tout — les intrique. Les particules sont placées dans le vide et entourées d'un écran conducteur pour éliminer les forces électriques. Mais si les particules sont supraconductrices, leur puissant diamagnétisme (la propriété de repousser un champ magnétique) oblige à ajouter aussi un écran magnétique.
Cependant, l'écran n'est pas parfait. La particule ressent sa proximité à travers les fluctuations quantiques du vide — de minuscules secousses qui se produisent même dans le vide. C'est ce qu'on appelle l'effet Casimir : deux surfaces s'attirent simplement parce qu'il y a moins de particules virtuelles entre elles qu'à l'extérieur. De plus, la particule supraconductrice et l'écran interagissent magnétiquement, comme deux petits aimants. Ces deux effets décalent la phase de la particule — son rythme interne. Ce décalage masque le signal gravitationnel.
Mais ce n'est pas tout. L'écran, les pièges et les détecteurs ne sont pas immobiles : ils vibrent à cause de la chaleur. Les auteurs de l'article ont montré que ces vibrations transforment les décalages de phase en un véritable bruit. Ce bruit détruit l'intrication — ce lien quantique même que l'on cherche. Pire encore, les oscillations thermiques de l'écran peuvent elles-mêmes créer de l'intrication entre les particules, et les physiciens pourraient alors prendre un faux signal pour un signal gravitationnel. Pour éviter cela, les scientifiques ont calculé à quel point toutes les parties du dispositif doivent être immobiles — jusqu'à des fractions de nanomètre et des secondes d'arc. Ils conseillent également de refroidir l'écran et d'optimiser sa forme pour affaiblir les forces parasites.
Ainsi, la chasse à la gravité quantique ressemble au réglage d'une balance ultra-sensible : il faut tenir compte même du souffle d'un papillon à l'extérieur de la fenêtre. Et ce n'est qu'alors, peut-être, que l'on pourra entendre le murmure de l'espace-temps.
L'effet Casimir peut être ressenti avec les mains : si l'on rapproche deux plaques de verre très près, elles se collent — en partie à cause des forces quantiques du vide.
Dans le roman « Le Problème à trois corps » de Liu Cixin, des détecteurs d'ondes gravitationnelles ultra-précis souffrent du bruit quantique — presque comme dans cet article.