Si l'on chauffe un clou dans un feu, il s'allonge — tout le monde le sait. Mais si l'on ne chauffe que la pointe en laissant l'autre extrémité froide, le clou ne se contente pas de s'allonger : il se courbe, car le métal chaud se dilate plus que le métal froid. C'est précisément cette flexion, mais à l'échelle atomique, que des physiciens ont transformée en électricité.
Dans les isolants — verre, plastique, céramique — il n'y a presque pas d'électrons libres, donc l'effet thermoélectrique classique n'y fonctionne pas. Les auteurs de l'étude ont fait produire une tension par la chaleur autrement : l'écart de température a provoqué une dilatation thermique inégale, le réseau atomique s'est courbé, et toute courbure dans un isolant engendre un faible champ électrique. Ce phénomène est appelé flexoélectricité (du latin « fléchir »). On obtient ainsi une chaîne : chaleur → flexion du réseau → charge électrique.
Ce sont les échantillons minces qui ont donné la réponse la plus forte — car une fine plaquette se courbe plus facilement qu'une épaisse. Mais la vraie surprise attendait près des transitions de phase : lorsque le verre se ramollissait ou qu'un matériau magnétique perdait ses propriétés magnétiques, la dilatation thermique augmentait brusquement. Le signal électrique, lui, bondissait de plus de dix fois.
Ce mécanisme ne dépend pas de la symétrie du cristal, il fonctionne donc dans n'importe quel isolant. Autrement dit, la chaleur perdue d'un processeur ou d'un pot d'échappement peut être convertie en électricité directement dans le boîtier de l'appareil — sans métaux ni structures semi-conductrices complexes.
Un simple verre à vitre, si l'on chauffe un de ses bords de seulement quelques degrés de plus que l'autre, produit une tension électrique — minuscule, mais tout à fait mesurable. On pensait auparavant que le verre en était incapable.